Un marin du Mercator

rencontre avec Joseph Droeven

Texte et photos  Ó Jean Hervé Daude

Joseph Droeven habite Treignes en Belgique, à deux pas du Musée Malgré Tout. Un jour il apprend que l’on expose à ce petit Musée des objets en provenance de l’Île de Pâques, il décide d’aller voir si ce ne sont pas, par hasard, les mêmes objets qu’il avait aidé à transporter sur le bateau le Mercator lorsqu’il était apprenti marin à l’âge de16 ans.

 

Le petit Musée du malgré tout

 

 

Quel ne fut pas sa surprise lorsque entrant dans le Musée il aperçu le buste exposé à l’entrée. Il s’agissait de celui d’Henri Lavachery. Il reconnu tout de suite le représentant de son pays lors de l’expédition Franco-Belge à l’Île de Pâques en 1934. Il reconnu aussi ensuite la plupart des pièces exposées, celles-ci avaient bel et bien été embarquées sur le Mercator lorsque lui, Joseph Droeven, était apprenti marin à son bord.

 

Ce curieux hasard fit de lui, à partir de ce jour, la personne la plus connu de son village. Âgé de 90 ans, c'est un personnage extrêmement sympathique, et sa mémoire toujours fidèle lui permet de relater bon nombres d’anecdotes.

 

Treignes, Joseph Droeven et Jean Hervé Daude

 

Joseph raconte, entre autres, comment un Moai de dimensions raisonnables, une grosse tête de Moai et un couvre-chef ou Puakao furent emportés à bord du Mercator. Ce ne fut pas une mince affaire, car il avait fallu les traîner péniblement sur le sol jusqu’à la plage. De là, il fallait les embarquer sur le bateau. Or, à l’Île de Pâques, il n’y avait pas, et il n’y a toujours pas non plus, de port permettant aux bateaux d’accoster. Ceux-ci ne peuvent pas non plus s’approcher suffisamment près de l’Île, car des vagues furieuses s’abattent constamment sur le rivage. D’autre part, impossible de les charger sur les barques pour les amener jusqu’au bateau, car celles-ci n’étaient pas assez solide pour une opération de cette envergure.

La solution qui fût mise à l’épreuve consista alors à attacher les Moai sous les embarcations pour les amener jusqu’au Mercator. De cette façon les barques ne risquaient pas de chavirer dû à un centre de gravité situé trop haut. Elles ne risquaient pas non plus de couler à cause du poids énorme de ces statues, les objets étant moins lourd lorsqu’ils sont immergés dans l’eau. Une fois rendu près du bateau, il fallait une fois de plus déployer des efforts prodigieux pour les hisser à bord. C’est alors que le Moai se détacha lors de cette opération et coula à pic. Fort heureusement, les Pascuans, bons nageurs, réussirent à se rendre au fond à cet endroit et à attacher solidement un câble tout autour de la statue. Finalement le Moai pu être hissé à bord, rejoignant les autres objets de l’Île qui prenaient la direction de la Belgique.

 

JHD

----------------------------------

Le compte-rendu d'Henri Lavachery