Rapports des premiers explorateurs concernant  les moaï Kavakava

 

La fonction de ces statuettes dans la vie religieuse des Pascuans reste obscure. Cependant, les rituels dont elles faisaient l’objet sont quelques peu connues, grâce aux allusions faites par ceux qui eurent l’occasion de vivre avec les Pascuans avant leur conversion, de même que, par les propos recueillis auprès de Pascuans se souvenant de certains éléments de leurs traditions.

Ainsi, un certain rituel est mentionné par le missionnaire Eugène Eyraud qui a prêché sur l’Île de Pâques à partir de 1863. En effet, celui-ci a tenu les propos suivants:

"Quoique j’ai toujours vécu avec eux dans la plus grande familiarité, je n’ai pas été capable de découvrir un quelconque acte positif de culte religieux. Dans toutes les maisons, on peut voir beaucoup de statuettes hautes d’environ 30 centimètres, représentant des personnages masculins, des poissons, des oiseaux etc... Ce sont sans aucun doute des idoles, mais je n’ai jamais observé qu’on leur ait accordé aucune sorte d’honneur. J’ai vu, à l’occasion les natifs prendre ces statues dans les airs, faisant quelques gestes et accompagnant tout ceci d’une sorte de danse et d’un chant sans signification. » [1]

Pour le missionnaire, ce chant rituel accompagnant les gestes des Pascuans, pouvait paraître sans signification. Cela ne veut pas dire pour autant qu'il n'en avait pas.

 

Malgré leur évangélisation, les Pascuans ont continués encore longtemps à attacher beaucoup d'importance à leur petites statuettes. Ainsi, 14 ans après l'arrivée du premier évangélisateur, Alphonse Pinart souligne lors de son passage que :

"Beaucoup d'insulaires portent de petites statuettes généralement taillées dans le bois d'une espèce de mimosa assez commun dans l'île, et auxquelles ils tiennent beaucoup; ce qui prouve l'intérêt qu'ils y attachent, c'est qu'on ne peut qu'avec peine les échanger contre du tabac.

Ces statuettes sont mâles et femelles. Les Kanakes les conservent enveloppées dans de petits sacs d'étoffe de toile ou de coton; quelques-unes sont ornées de colliers et d'une énorme chevelure tressée avec soin."

 

Alfred Métraux, lors de son expédition sur l’Île de Pâques en 1934, a recueilli des propos concernant ce même rituel. Ainsi, d’après ses informateurs, il semble que lorsque les Pascuans retiraient les statuettes de leur emballage en tapa, ils les berçaient comme des enfants et faisaient entendre des chants-récitatifs.

Métraux a aussi recueilli des informations supplémentaires. En effet, il semble que ces images étaient exhibées au cours des fêtes, notamment à l’époque de la récolte, lorsqu’on offrait les prémices des fruits. Les propriétaires des statuettes aimaient aussi les montrer et leurs faisaient une place d’honneur lors de ces fêtes ou cérémonies. Ils les attachaient sur eux pour danser avec elles, et pouvaient en porter jusqu’à une vingtaine. [2]  

 

Le moaï Kavakava, pourrait-il représenter un être subissant des privations extrêmes ?

Stephen Chauvet fut le premier a émettre l'hypothèse que les Pascuans, à une certaine époque, "auraient souffert de carences nutritionnelles, ce qui aurait provoqué des troubles profonds du métabolisme et perturbé certaines glandes. À cela se seraient ajouté la déshydratation et l’hyperchloruration de l’organisme, par absence d’eau potable et par consommation d’eau saumâtre ou d’eau de mer."[3]

Cette hypothèse a par la suite été développée et expliquée, selon un contexte bien précis qui a pu sévir sur l'Île, par Jean Hervé Daude dans son livre Île de Pâques; La forêt disparue.


[1] Eyraud, Eugène. Lettres au T.R.P, Congrégation du Sacré-Coeur de Jésus et de Marie, Annales Association de la propagation de la foi, vol.38, Lyon 1866 : 52-61 et 124-138.  

[2] Métraux, Alfred. L’île de Pâques, Editions famot,1975, p. 181-182

[3] Daude, Jean Hervé, Île de Pâques; La forêt disparue, 2008

 

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Les légendes des Moai Kavakava