Les légendes 

des Moai Kava Kava

 

Voici la version recueillie par le père Sebastian Englert.

 

Traduction de l’anglais de la légende des Moai Kava Kava recueillie par le père Sebastian Englert auprès du pascuan Arturo Teao et publié dans son livre « Legends of Easter Island »

 

Petites statues Tu'ukoiho's, Kava Kava Moai

 

Un matin, Tu’ukoiho descendit la piste venant de Tore Tahuna et arrriva à Punapau. Il vit Hitirau et Nuko te Mango qui dormaient. Le Ariki (personne noble) s’arrêta. Il vit qu' il n’y avait pas de chair (sur les corps de ces gens). Ni foies, ni intestins; seulement des os. Hitirau était étendu la tête tournée  vers la droite. Nuko te Mango avait la tête alignée vers la gauche, ses pieds reposant à proximité de la tête de Hitirau. Le Ariki les regarda. À ce moment, Moaha, un Aku Aku,  cria des hauteurs de la colline Tangoroa,

« Réveillez-vous! Le Ariki a vu vos misérables corps! »

Alors, le Ariki se leva et disparut rapidement.

« Réveillez-vous, endormis! » s’écria (Moaha) une autre fois.

Ils se réveillèrent et demandèrent,

« Qu’y a-t-il? »

« Tu’ukoiho a vu vos misérables corps. »

Quand ils se réveillèrent, il couvrirent leurs os et leurs corps au complet avec de la chair.  Ils se levèrent comme le font des gens en vie.

Ils allèrent vers le Ariki, le contournèrent et vinrent à sa rencontre.  Le Ariki vit que les deux jeunes, de bonne apparence, se rapprochaient. Ils le saluèrent

« Bienvenu Oh Ariki! »

Le Ariki répondit

« La même chose à vous et à votre compagnon .»

« Qu’y a-t-il à propos de ces choses que vous avez trouvées sur votre chemin en venant ici? » demanda le Aku Aku.

« Je n’ai rien trouvé, » dit le Ariki.

Ils partirent et Tu’ukoiho continua de descendre le sentier. Ils revinrent encore pour le rencontrer (le Ariki). Il y avait quatre hommes, et ils appelèrent,

« Oh, bienvenu, Ariki! »

« Oh, jeunes hommes la même chose à vous. Bienvenu! » répondit le Ariki.

« Bien, bien, bien, Qu’est-ce que vous savez? » demanda le Aku Aku.

« Rien , » répondit le Ariki.  

Le Ariki continua son chemin. Ils le contournèrent encore pour lui faire face. Le Ariki vit les jeunes hommes : il y en avait dix. Ils le saluèrent,

« Oh, Ariki! sois le bienvenu! ».

 Le Ariki répliqua,

« La même chose pour vous. »

 « Ariki, avez-vous aperçu des garçons sur votre chemin en venant? » demandèrent-t-ils.

 « Non, » répliqua le Ariki.

 Le Aku Aku dit,

« Il n’a pas vu nos misérables corps. » Et ils partirent.  

Le Ariki continua son chemin et, comme il approchait de la maison à Hangapoukura, il vit des centaines et des milliers de Aku Aku. Ils crièrent,

« Bienvenue, oh Ariki Ru’ukoiho, venant de votre pays, Tore Tahuna! » 

Le Ariki Tu’ukoiho répliqua,

« Même chose pour vous. Soyez les bienvenus, amis! »

« Avez-vous rencontré quelqu’un pendant votre voyage, oh Ariki?

« Personne, »  

Le Aku Aku se mit à rire joyeusement. Ils s’esclaffèrent   (de joie) et disparurent.

Le Ariki s’approcha de la maison à Hangapoukura, y pénétra et s’étendit. Le Aku Aku revint encore contourner la maison en avant, en arrrière et de chaque côté.  

Ils prêtèrent l’oreille pour entendre la voix de Tu’ukoiho. Il ne dit rien. Il attendirent longtemps; le soleil monta au zénith. Mais le Ariki ne dit mot. Alors, ils dirent,

« Il n’a rien vu des misérables corps d’Hitirau et de Nuko te Mango. Partons. »

Le Aku Aku partit. Des milliers et des milliers des initiés de Hitirau partirent. Le Ariki s’étendit pour dormir.

Le jour suivant, tard dans l’après-midi, le serviteur du Ariki vit que sa robe colorée (celle du Ariki) était étendue et que la porte en feuillage de quenouille (Typha latifolia L.) était abaissée. Quand il vit cela, il sut que le Ariki Tu’ukoiho dormait dans la maison. Il sortit faire un feu et prépara un repas d’igname et de patates douces. Durant l’après-midi, il prépara le curanto le plaça dans un panier et l’apporta dans la maison du Ariki en disant,

« Salut, oh Ariki! Prends ceci et mange! »

Le Ariki s’assit, mangea et se rendormit. L’aurore se pointa et le Ariki se leva.

Le serviteur prépara un autre curanto et quand le soleil fut au zénith il amena la nourriture à la maison d’Ariki. Le Ariki mangea. L’après-midi vint et le soleil brilla comme une rose. Le Ariki sortit par la porte de la maison. Il s’assit à l’extérieur et vit trois belles jeunes filles; elles venaient de la croisée du ahu de Hangapoukura. Le Ariki vit qu’elles ne portaient aucun vêtement . Elles passèrent devant le Ariki. Il les salua disant,

« Bienvenue, belles jeunes, jeunes filles ».

Les belles jeunes filles lui répondirent,

« Bonjour, Ariki. »

« Où allez-vous? » demanda Tu’ukoiho.

« Nous venons vous voir, Ariki », répondirent les filles.  Le Ariki dit,

« Quels sont vos noms? »

La plus vieille des belles filles répliqua,

« Je suis Pa’apa’a Hiro. »

La seconde dit,

« Pa’apa’a Kirangi, »

…et la troisième,

« To’o tahe Turu mai te rangi. »

Elles disparurent; les trois filles disparurent dans les hauteurs.

La nuit tomba et le Ariki alla se coucher. Le jour vint et le Ariki sut qu’on avait allumé  un feu pour un curanto dans Akahanga. Le Ariki se mit en route et arriva à Akahanga. Il retira les pierres brûlantes du curanto, souleva les braises et les enleva du feu. Le Ariki appela ses hommes et dit,

« Ces braises doivent venir (avec moi). Arrosez-les avec de l’eau. »

Le feu fut éteint. Le Ariki enleva les braises du feu du curanto, les plaça sur son épaule et alla à Hangapoura. Cette nuit-là, il quitta Hangapoura pour Tore Tahuna.

Il pénétra dans la maison et se coucha pour dormir. Le matin venu, il prit une adze (outil servant à façonner le bois) et une pièce de bois toromiro dans ses mains et façonna les yeux, le nez, les oreilles, le cou, la poitrine, les mains, le ventre, les côtes, les jambes, les fesses, les épaules, les genoux, les chevilles et les pieds.

Le Ariki vit que le premier moai ressemblait à Hitauro; c’était un moai sans côtes (sans chair).

 

Il travailla encore et façonna Nuko to Mango, le moai avec des côtes. Il se remit au travail et fabriqua Pa’apa’a I-liro. Encore une fois il se remit à l’œuvre et sculpta Pa’apa’a Kirangi. Puis, il fit un moai de plus : Too tahe Turu mai te rangi.

 

Le Ariki prit une pièce de mahute, la tressa et la passa à travers les deux aiselles du Moai. Voici comment il accrocha le Moai après la corde. Il prit d'autres cordes et avec l'une d'entre elle il attacha les cous des Moai. Avec une autre corde, il attacha leurs pieds. Il était maintenant droit, aligné en rang. Alors il tira les extrémités de ces cordes avec ses mains et fit marcher les Moai. Alors il nomma la maison: "maison des Moai marionettes".

 

Alors ils s'en allèrent et entonnèrent pour les autres:

"Les Moai marchent dans la maison du Ariki Tu'ukoiho's".

 

* Remerciement à Maurice Carrière pour cette traduction.

 

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Moai Kava Kava des Musées Royaux de Belgique