Le Musée de La Rochelle

et le Moai Kavakava bicéphale

   Texte et photos  Ó Jean Hervé Daude

 

Le petit musée d'histoire naturelle de La rochelle abrite surtout des collections d'animaux naturalisés, mais il abrite aussi des pièces de la culture ancienne de l'Océanie. Parmi celle-ci, plusieurs pièces intéressantes ont été rapporté de l'Île de Pâques a une époque assez ancienne.

 

 

" Je commençais ma visite au premier étage, comme il se doit. Les animaux naturalisés succédaient à d'autres animaux naturalisés, mais ce n'était pas ce que j'étais venu voir. J'étais venu pour toute autre chose. J'étais venu pour une rencontre importante, pour un rendez-vous mémorable. Au fur et à mesure de ma visite, je trouvais les minutes de plus en plus pesantes. Visite c'était vite dit, car je ne me sentais pas d'intérêt pour cette diversité d'animaux étalée sous mes yeux, aussi impressionnante soit-elle. Une fois traversé la dernière pièce du premier étage, je restais sous la désagréable impression que les corbeaux, les vautours et les condors, se riaient de moi devant mon impatience grandissante.

Un peu plus loin, à travers la vitre épaisse, j'aperçu le gorille qui me regardait droit dans les yeux tandis que l'orang-outang me dévisageait l'air hagard. Perdu dans mes pensées, je n'y prêtais guère attention. Je me demandais plutôt à cet instant précis où pouvait bien se cacher ce fantôme à deux têtes, son apparition se faisait trop attendre. Je n'avais pas voulu demander à l'accueil des informations sur son emplacement. Je voulais avoir la surprise de le découvrir moi-même sur les lieux, d'arriver en face à face avec lui, de le surprendre, de lui dire que j'avais fait tout ce trajet pour venir le voir. 

Au fur et à mesure que je traversais les différentes pièces, l'anxiété me gagnait. Et s'il avait été déplacé ? Les pièces des Musées Royaux de Belgique avaient bien été déplacé à Treignes pour une exposition temporaire, le temps de rénover les lieux à Bruxelles. Cela aurait pu être le cas ici aussi. Quelle déception m'aurait alors envahi. Mon premier rendez-vous, ma première rencontre avec un de ces fantômes ancestraux. Le sacré dans toute sa splendeur, l'objet de culte vénéré, intermédiaire entre le monde des vivants et le monde intangible des esprits des morts. Réceptacle de l'âme des ancêtres. Qui plus est, une pièce unique : le Moai Kavakava bicéphale.

Mon plan emprunté à l'entrée du Musée indiquait le thème de chaque étage. Le seul thème  qui me semblait un tant soit peu correspondre au lieu abritant ce genre de pièces était situé tout en haut; au troisième. Le thème de cet étage était intitulé : le profane et le sacré. N'y tenant plus, je gagnais les escaliers et gravissait les marches quatre à quatre pour atteindre le dernier étage. Je laisser donc tomber la visite des dépouilles mortes et ricaneuses pour rejoindre au plus vite cet esprit vivant figé dans la forme.  Une pièce succédait à l'autre, des formes océaniennes se dessinaient de plus en plus, au moins j'étais en pays de connaissance.

                 

 

 Des formes grotesques de tout genre accompagnaient mon parcours, mais où était donc les formes raffinées et élégantes issues du travail soigné des anciens sculpteurs de l'île de Pâques ? Leur isolement avait certainement contribué à l'élaboration d'un art si différent des autres endroit de l' Océanie. Un art finalement si proche du nôtre. 

 

 

Tout à coup ... au détour d'un encadrement de porte ... caché sous les combles de l'immense bâtisse, je l'aperçu. 

 

Il était là, figé dans toute sa splendeur, attendant patiemment sous un éclairage tamisé. Attendant comme aux temps anciens que l'on vienne l'extraire de ses oripeaux pour lui parler, lui chanter de douces incantations et le bercer doucement. À moins que ce ne soit pour l'entraîner dans une cadence frénétique lors des danses qui avaient lieu au moment de la fête des récoltes. Moment magique ou chacun pouvait porter sur lui toutes ses statuettes sacrées pour en faire étalage devant la communauté rassemblée, ainsi que pour se ménager de bons auspices de la part des esprits d'ancêtres qu'ils représentaient. 

 

 

Pourtant rien de tout cela ne se produira plus jamais pour lui. Lui qui avait été conçu pour servir un individu, il restera figé à jamais à la vue de tous. Son rôle d'objet sacré, maléfique ou réconfortant, pour lequel il avait été créé était bel et bien à tout jamais terminé. " (Extrait du livre en processus de rédaction de Jean Hervé Daude: Moai Kavakava :  Fantôme de l'Île de Pâques).

 

 

Galerie de photos du Moai Kavakava bicéphale