Escale à l'Île de Pâques

de l’aviso escorteur

Enseigne de Vaisseau

 Henry

1965

Tous nos remerciements à Patrice Berthe pour son aimable collaboration

Pour plus d'informations ou pour d'autres escales de l'Enseigne de vaisseau Henry : le Blog de Patrice Berthe

L’Aviso escorteur Enseigne de Vaisseau Henry, construit par l’arsenal de Lorient, fut armé en avril 1964. Il a séjourné trois fois en Polynésie, soit : de 1965 à 1967, de 1974 à 1978, et de 1979 à 1990.

Dès le début de sa carrière, l'aviso escorteur quitta Lorient pour une campagne de deux ans dans le Pacifique.

Lors de sa première visite en Polynésie il effectua une escale à l'Île de Pâques. C'est le souvenir de cette escale pittoresque que nous invite à partager Patrice Berthe qui était en fonction sur l'Enseigne de Vaisseau Henry.

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Escale à l'Île de Pâques

Départ de VALPARAISO le Samedi 27 Novembre 1965 à 09h00 pour une arrivée à L'ILE DE PAQUES le Vendredi 03 Décembre 1965 à 09h00.

Nous étions très attendus à l'Île de Pâques (où RAPA NUI) et dès la veille, le contact radio était établi entre l'île et le bâtiment. Le gouverneur de l'île, le capitaine de Corvette Arentsen nous souhaitait la bienvenue dans sa petite île perdue au milieu du Pacifique Sud. Heureusement le matin du Vendredi 03 Décembre 1965,les dieux de la mer nous furent cléments et nous pûmes ainsi mouiller dès l'aube juste en face du village Hanga Piko, dans la baie peu protégée de la houle de Hanga Roa au Nord Ouest de l'île.

 

 

Malgré l'heure matinale (6 heures) l'ancre n'était pas encore bossée que déjà se détachaient du rivage les nombreuses pirogues des Pascualiens venus nous souhaiter la bienvenue et attendant impatiemment de pouvoir monter à bord avec des objets de bois sculpté.

 

 

Mais c'est au gouverneur de l'île et au maire que revenait l'honneur de monter les premiers, accueillis à la coupée par le commandant.

Pendant ce temps, à peine le poste de manœuvre terminé, l'équipage s'employait à sortir des soutes les 300 sacs de farine, les paquets et les colis de toutes sortes, dont de nombreux jouets de Noël. Ils furent bientôt aidés par les marins chiliens (ils sont 17 sur l'île) pour les charger sur deux chalands. Il nous a fallu cinq heures pour embarquer les 300 sacs de farine, cette fois ci, en deux heures et demie, tout était à terre.

 

 

Sur le débarcadère, farine, colis et courrier étaient emmenés vers le village sous les yeux réjouis et reconnaissants des Pascualiens qui n'avaient plus goûté de pain depuis un mois, et n'avaient pas eu de courrier depuis de longues semaines.

 

Visitez l'Île de Pâques à cheval

Dès 8 heures, une première bordée de l'équipage descendait sur l'île avec L.C.P.S. du bord guidé et aidé par des Pascualiens bénévoles qui connaissent parfaitement les passes pour accoster au seul débarcadère de l'île. De nombreux habitants de l'île les attendaient pour leur proposer le moyen de locomotion numéro 1 de l'île : le cheval (sur l'île de Pâques il y a plus de chevaux que d'habitants) et il n'y a en tout et pour tout que trois jeeps et une camionnette. 

 

Pour toutes les transactions une seule et unique monnaie en vigueur : le troc. Contre une promenade à cheval d'une demie-journée, on échangeait chemises, chaussures et surtout cigarettes. Le prix officiel au début de la matinée était de 4 paquets de cigarettes, prix qui fut bientôt ramené après de nombreux palabres à 3 paquets. Rapidement l'on voyait chacun enfourcher fièrement une monture et partir en direction du village…. 

 

 

Il y eut bien sûr, quelques malchanceux : certains bénéficièrent de chevaux ne voulant même pas franchir, un fossé de 30 cm, d'autres d'une monture ne voulant tourner qu'à droite et les plus malchanceux de chevaux "timides" ne voulant pas avancer (prière, encouragement, insulte, rien n'y faisait !). Pour beaucoup c'était leur première promenade à cheval d'où quelques inquiétudes bien compréhensibles : " Mais comment on l'arrête votre engin ? ".

 

Malgré tout, la journée se passa agréablement, chacun put se promener autour du village de Hanga Piko. Bien sûr il y eut quelques chutes retentissantes et quelques déceptions : certains revinrent au débarcadère en tirant leur chevaux, ou encore tout penauds et seuls, mais d'autres plus téméraires s'engagèrent dans des courses ou des sautes d'obstacles ! Quoi qu'il en fût, le lendemain, beaucoup avaient quelque mal à …….s'asseoir !

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Pendant que l'autre moitié de l'équipage venait remplacer la première bordée, l'après-midi sur l'île, toute la journée sur la plage arrière l'on pouvait faire du troc : savons, chemises etc., contre des statuettes de l'île et des cannes sculptées pour le grand bénéfice des deux parties.

 

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Pendant que se déroulaient ces exploits hippiques, le commandant et quelques officiers étaient invités à déjeuner chez le gouverneur.

Le gouverneur habite un bungalow enfoui dans la verdure, lieu paisible où la nature généralement ingrate de l'île montre un visage plus souriant. Dans cette maison entourée de bananiers, d'eucalyptus, de géraniums sont réunies les personnes de l'île : le maire et des chiliens vivant sans regret loin de la vie moderne, médecin, ingénieur, éleveur, et religieuses qui s'occupent de l'enseignement. Un de leurs principaux pôles d'intérêt est la recherche ininterrompue de l'origine des statues mégalithiques et du peuple qui les a dressées.

Il nous faut malheureusement reprendre le chemin de l'embarcadère et faire nos adieux aux habitants de cette terre perdue. Nous recevons à dîner à bord les personnalités de l'île, dont le Père Sebastian Englert installé ici depuis trente ans et, après un embarquement des invités rendu difficile par la houle, nous appareillerons dans la nuit, fatigués par les impressions ressenties au cours de cette incursion dans le passé obscur de Rapa-Nui "l'île aux yeux qui regardent le ciel".

 

 

Distance parcourue entre VALPARAISO (Chili) et l'ÎLE DE PÂQUES : 2059 Milles (relevé sur le compteur du bord).

 

 

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Étonnement, d'après le 9e paragraphe de ce journal, un Pascuan se serait embarqué comme passager clandestin sur l'aviso escorteur 

" Quant au passager clandestin (d’après les renseignements que j’ai pu recueillir). Nous l’avons repéré après le départ de l’île de Pâques et l’avons débarqué à Papeete le 11 Décembre 1965.Pourtant on avait des consignes pour regarder ce genre d’incident. En plus on était au mouillage au large de l’île car on ne pouvait pas accoster (pas de port à l’époque). "

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