Ce miracle, comme le considère Alfred Métraux, fut
pendant longtemps considéré comme une des grandes énigmes de l’Île
de Pâques. En effet, les premiers navigateurs et explorateurs avaient découvert
une île presque complètement dénuée de couvert forestier, et dont le
littoral était orné de monumentales statues.

Au
cours des ans, près d’un millier de statues furent trouvées, dont un
grand nombre avaient été transportées de leur lieu de fabrication,
vers le rivage de l’Île où elles avaient été érigées sur des
plates-formes de pierre. La plus grande de ces statues mesurait dix mètres
de hauteur et son poids dépassait vingt tonnes. Reposant dans une carrière,
une statue ébauchée mesurait vingt-deux mètres de long et son poids a
été évalué à plus de cent tonnes.
Comment
les insulaires qui peuplaient cette île avaient-ils donc procédé pour
façonner et élever des monuments aussi impressionnants alors qu’ils
ne disposaient pas de bois ? Pourtant, cette ressource leur était
absolument indispensable pour fabriquer les cordages, les leviers et les
pièces de constructions essentielles au transport et à l’érection
de leurs grandes statues, les Moai.

De récentes recherches révélant la présence de pollens
fossilisés dans le sol de l’Île ont maintenant clairement démontré
que celle-ci était densément boisée depuis une époque très
ancienne, jusqu’à peu de temps avant l’arrivée des premiers
visiteurs. Les éléments nécessaires à la mise en place des grandes
statues étaient donc effectivement disponibles à l’époque où elles
furent érigées. Ce mystère étant résolu, une nouvelle énigme
s’est imposée, car il fallait maintenant éclaircir les causes de la
disparition du couvert forestier de l’Île. Cette mystérieuse déforestation
a engendré une polémique où s’affrontent deux thèses complètement
opposées.