Ce miracle, comme le considère Alfred Métraux, fut
pendant longtemps considéré comme une des grandes énigmes de l’Île
de Pâques. En effet, les premiers navigateurs et explorateurs avaient découvert
une île presque complètement dénuée de couvert forestier, et dont le
littoral était orné de monumentales statues.

Au
cours des ans, près d’un millier de statues furent trouvées, dont un
grand nombre avaient été transportées de leur lieu de fabrication,
vers le rivage de l’Île où elles avaient été érigées sur des
plates-formes de pierre. La plus grande de ces statues mesurait dix mètres
de hauteur et son poids dépassait vingt tonnes. Reposant dans une carrière,
une statue ébauchée mesurait vingt-deux mètres de long et son poids a
été évalué à plus de cent tonnes.
Comment
les insulaires qui peuplaient cette île avaient-ils donc procédé pour
façonner et élever des monuments aussi impressionnants alors qu’ils
ne disposaient pas de bois ? Pourtant, cette ressource leur était
absolument indispensable pour fabriquer les cordages, les leviers et les
pièces de constructions essentielles au transport et à l’érection
de leurs grandes statues, les Moai.

De récentes recherches révélant la présence de pollens
fossilisés dans le sol de l’Île ont maintenant clairement démontré
que celle-ci était densément boisée depuis une époque très
ancienne, jusqu’à peu de temps avant l’arrivée des premiers
visiteurs. Les éléments nécessaires à la mise en place des grandes
statues étaient donc effectivement disponibles à l’époque où elles
furent érigées. Ce mystère étant résolu, une nouvelle énigme
s’est imposée, car il fallait maintenant éclaircir les causes de la
disparition du couvert forestier de l’Île.
Les premiers colonisateurs polynésiens
s’étaient installés sur une île densément boisée, que sont
donc devenus tous ces arbres après l’arrivée de l’homme sur
l’Île ?
Selon une thèse souvent évoquée,
l’Île de Pâques serait l’exemple typique illustrant les graves
conséquences d’une surexploitation des ressources naturelles par
l’homme. Selon cette thèse, la déforestation de l’Île, constatée
par les premiers explorateurs, serait due à l’incurie des Pascuans
eux-mêmes. Ces derniers auraient inconsidérément coupé tous les
arbres, pourtant essentiels à leur survie, à des fins domestiques, ou
de manière encore plus insensée pour fabriquer, transporter et ériger
leurs fameux Moai. La disparition des arbres conduisit inéluctablement
au déclin de leur civilisation et à la presque disparition des
Pascuans.
Selon une autre thèse,
tout aussi souvent évoquée, la déforestation de l’Île serait plutôt
due à un incident climatique, soit une phase de refroidissement intense
ou une longue période de sécheresse. En effet, bien que la végétation
de l’Île ait été à l’origine sensiblement la même que celle qui
recouvre en partie les autres îles de la Polynésie, l’Île de Pâques,
étant située beaucoup plus au sud, subit périodiquement des vents
australs très froids et ne bénéficie pas de pluies aussi abondantes.
Ainsi, la végétation, très abondante par le passé, était cependant
sans doute très proche de sa limite de survie.
Qu'en
est-il réellement ?
Combinant
les conclusions de nouvelles découvertes scientifiques et des faits
anciens concernant l’Île de Pâques et la Polynésie, l’auteur
apporte un nouvel éclairage sur ce fascinant mystère.
Les Pascuans sculptaient d’intrigantes statuettes
de bois, appelées Moai
Kavakava, qui représentaient des êtres décharnés. Ces
statuettes ont-elles un lien avec la forêt disparue de l'île de
Pâques ?