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Les moai situés
au pied du volcan Rano Raraku ont-ils pu être enfouis volontairement ?
Selon une thèse de Nicolas Cauwe
Cette hypothèse
est-elle plausible ?
Ó
Jean Hervé Daude
Extrait
des livres :
Île de Pâques - La forêt disparue
(Laval, Québec, 2eme édition 2011-2012)
Méga
El
Niño
et déforestation de l'île de Pâques - L'effet combiné
d'un dérèglement climatique et de l'action de l'Homme (Laval,
Québec,
2008)
Des
moai enfouis dans différentes positions.
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Plusieurs
photos de Bernard Philippe
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Au pied du
volcan Rano Raraku, l'ancien cratère où était situé l'atelier de
fabrication des moai, on retrouve de nombreuses statues dressées, près d'une centaine,
qui, bien étrangement, sont en grande
partie enfouies dans le sol.
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Dans certains cas,
ces grandes statues très imposantes ne sont que partiellement enfouies.
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Dans d'autres cas, on pourrait croire que seules des
têtes de moai ont été déposées sur le sol. En réalité, ce sont
des statues toutes aussi monumentales qui ont été dressées au pied du volcan et
qui sont maintenant enfouies jusqu'au menton.
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L'excavation
d'une de ces statues en 1955, par Thor Heyerdahl, montre à quel point elles peuvent
être enfouies profondément et à quel point elles sont imposantes. Tout
comme les moai exposés sur les ahu, ces statues sont très
détaillées. On pouvait d'ailleurs observer les détails des mains et des
doigts de ce moai lors de cette excavation.
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Plusieurs statues,
bien que mesurant plusieurs mètres de hauteur, sont presque complètement enfouies au point de
pratiquement disparaître de la surface du sol.
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Pas d'enfouissement graduel dû à une érosion continue au fil des ans.
La
partie des moai qui émerge du sol est largement altérée et
dégradée. En
effet, la patine de la pierre de lave dont sont composés les moai se modifie à l'air
libre et change de couleur, passant du jaune au gris, l’eau de ruissellement
provoque le creusement de cannelures et des petites parcelles de pierre se
détachent de la surface des moai.
Cependant,
la partie enfouie des quelques
moai
qui ont été excavés lors de missions archéologiques était en très bon état de conservation. Par
ailleurs, il
ne semble pas y avoir eu d’autres lignes de démarcation que celle qui
était située au niveau du sol actuel. En effet, aucun cerne n'apparaît
autour des moai dans la partie enfouie. Cette constatation va donc à l’encontre d’un
possible enfouissement graduel dû à une érosion continue au fil des ans
et plaide plutôt en faveur d’un enfouissement rapide, en un seul temps.
En
effet, dans
le cas d’un tel enfouissement progressif, sous l'effet du lent écoulement
des sédiments, on devrait retrouver sur toute la partie enfouie, des
altérations et des dégradations graduelles dues à des temps variés d'exposition à l'air
libre, ce qui n'est pas le cas.
L'hypothèse d'une érosion progressive n'est
donc pas envisageable. Il est
beaucoup plus probable que cet enfouissement soit dû à un évènement
unique et limité dans le temps.

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L'hypothèse
d'un enterrement volontaire.
Certaines personnes
croient que les moai au pied du Rano Raraku, dont une partie plus
ou moins importante est
enfouie, auraient été enterrés volontairement.
Cette
hypothèse est-elle plausible ?
Enterrer tous ces moai,
en position debout de
surcroît, plutôt que couchés, représenterait
une somme de travail phénoménal compte tenu de la hauteur et du volume
de ces statues.
Par ailleurs, ces moai ne sont
pas enfouis à la même profondeur, mais au contraire, ils
sont enfouis à des profondeurs bien différentes, certains l'étant à peine,
alors que d'autres, le sont presque totalement.
Aussi,
quelques-unes de ces statues sont très inclinées, certaines vers
l'arrière, d'autres vers l'avant. Cette inclinaison,
occasionnellement très accentuée, rend pratiquement impossible un
enfouissement volontaire dans cette position.
Il
semble aussi pratiquement
impossible que ces imposants moai,
presque entièrement enfouis à la verticale sur plusieurs mètres de
hauteur, puissent le cas échéant, s’incliner à ce point, même
avec des mouvements de sol dus à l'érosion. N'oublions pas, par
ailleurs, que
l'hypothèse d'un enfouissement volontaire rejette d'emblée la
possibilité d'une érosion progressive pour expliquer l'enfouissement de
ces moai.
Des
fouilles aux pieds de quelques-uns de ces moai enfouis à la
verticale ont permis de découvrir que
dans certains cas leurs bases étaient enchâssées dans de petites fosses creusées
par les Pascuans et parfois rehaussées de murets de pierres empilées. Ces moai
étaient donc bien callés pour se tenir fermement debout et bien droit.
La seule explication logique à l'utilisation
d'un tel dispositif serait de maintenir le moai solidement debout. Ces laborieux
travaux sont effectivement une nécessité à l'air libre afin de stabiliser le moai,
de sorte qu'il ne puisse basculer si le sol vient à se modifier ou à se
ramollir suite à des
intempéries. À l'opposé, ces travaux s'avèrent complètement superflus s'il était
prévu de remblayer ces immenses monolithes. Il aurait en effet suffit de maintenir le haut de la
statue avec des leviers et/ou des cordages le temps de commencer à remblayer
la base, la statue aurait alors maintenue sa position verticale
d'elle-même. Cette solution, si elle avait été nécessaire, aurait
été beaucoup plus simple et amplement suffisante, car elle n'aurait pas
nécessité de descendre faire des travaux au fond d'un trou profond de
plusieurs mètres auprès d'un grand monolithe instable.
Aussi,
il
nous semble très incongru que les Pascuans aient pris un grand soin
pour sculpter tous les détails du tronc de ces moai s'ils avaient
eu l'intention d'en soustraire à la vue une grande
partie en les enterrant.
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Un
enfouissement volontaire de ces moai de la part des Pascuans
nécessiterait qu'ils aient eu des motivations importantes pour le faire.
De plus, cela nécessiterait des motivations spécifiques et des
considérations toutes aussi spécifiques pour les avoir enfouies à
différentes profondeurs, à la verticale de surcroît, ainsi que pour les
avoir enfouies en donnant parfois un angle à
leurs excavations, plusieurs moai étant soit inclinés vers l'avant, soit inclinés vers
l'arrière.
Nous ne voyons absolument aucune raison plausible
à un travail aussi laborieux. Par
ailleurs, aucune
information n'a été recueillie à cet effet, par quelques explorateurs ou
visiteurs de l'Île. De plus, rien dans la tradition orale pascuane ne fait
allusion de quelque façon que se soit à une telle entreprise.
Il
semble donc peu plausible qu'il y ait eu une planification quelconque
derrière ces enfouissements.
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Un
enfouissement suite à un glissement de terrain.
Si
un enfouissement volontaire des moai nous parait peu plausible,
quelle autre cause pourrait expliquer non seulement l'enfouissement de ces
moai, mais
aussi de telles différences dans leur enfouissement ?
Si
les moai avaient été enfouis par l’érosion naturelle des flancs du
Rano Raraku, suite aux intempéries et à l'action du vent, leur
enfouissement aurait certainement été très long. Sous l'action de cette lente
érosion, plusieurs centaines
d'années n'auraient pas suffit pour enterrer des moai faisant plusieurs
mètres de haut.
Comme
nous l'avons déjà dit, cet enfouissement ne peut qu'avoir été rapide
puisqu'on ne retrouve aucun signe de dégradations dû à une longue
exposition aux intempéries et aucune ligne de démarcation dans la partie
enterrée de ces moai. En effet, la seule ligne de démarcation que l'on
observe sur le moai, laquelle se traduit par un changement évident de
couleur, se trouve entre la partie enterrée et la partie exposée à
l'air libre, laquelle est située au niveau du sol
actuel.
On
comprend très aisément que cet
enfouissement dans un laps de temps relativement court, s'il origine d'une
cause naturelle, ne peut résulter
que d'un phénomène d’une ampleur démesurée. Or, non seulement ce genre de
phénomène existe, mais il est même assez courant. En effet, sous ces latitudes, des pluies diluviennes sont souvent la cause de glissements
de terrain importants provoquant de grands dégâts et faisant même, à l'occasion,
disparaître des villages entiers.
Un énorme glissement de terrain
suite à des pluies diluviennes nous semble effectivement plus en mesure d'expliquer cet enfouissement. En
effet, un ou plusieurs glissements de terrain dans un temps relativement
rapproché, nous semble plus en mesure d'expliquer les différences
remarquées dans l'enfouissement de ces moai.
Des
excavations récentes ont permis de constater la présence, de la base des
moai jusqu'au niveau du sol actuel, de plusieurs couches de terre
ou strates bien délimité et relativement épaisses. Ces strates,
différentes l'une de l'autre, étaient composées de terre de couleur et
de densité différente, certaines d'entre elles contenaient des résidus
de taille ou des petites pierres volcaniques. Quelques outils utilisés
pour la taille et le façonnage des moai furent aussi retrouvés.
Plusieurs
glissements de terrain dans une période de temps limité permettraient
d'expliquer la formation de ces strates de composition différente. Les
premiers glissements de terrain auraient entraîné les résidus de
taille laissés à l'air libre sur les hauteurs des flancs du volcan,
ainsi que le
sol de surface. Puis, les autres glissements de terrain subséquents
auraient entraîné des couches de terre plus profonde et de plus en plus compacte.
Des
glissements de terrain de différentes amplitudes pourraient aussi expliquer les
différents degrés d'enfouissement des moai. Ainsi, du fait que le
sol détrempé ne formait plus qu'une assise très instable à la base des
moai, une coulée de boue
et de résidus de taille appliquant une certaine force au pied d'un moai
pourrait expliquer qu'il bascule vers l'arrière, alors qu'une coulée de plus grande amplitude
appliquant donc une force plus vers le haut d'un moai
le ferait basculer vers l'avant. Plusieurs moai
auraient aussi été ainsi enterrés jusqu'à les faire pratiquement disparaître.
Si quelques rares moai
enfouis, n'auraient pas été achevés complètement, le travail de finition au niveau du corps
étant resté à l'état d'ébauche, ce ne serait pas parce que les
Pascuans auraient décidé subitement qu'ils n'étaient plus nécessaire de mettre
autant de soins à sculpter des parties non visibles, mais plutôt parce
que les
sculpteurs surpris par cet évènement soudain n'avaient pu
le terminer.
Ces
quelques glissements de terrain dans un laps
de temps limité expliqueraient que l'on n'observe la présence
que d'une seule ligne de démarcation sur ces moai se trouvant entre la
partie enterrée et la partie exposée à l'air libre, laquelle se situe
justement au niveau du sol.
Ces glissements de terrain
sont d'autant plus probable que les flancs du Rano Raraku étaient dégarnis,
que leur pente est importante et que les
résidus de la taille des moai avaient été laissés sur place,
s'accumulant au cours des siècles sur les hauteurs du
volcan.
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Un
dérèglement climatique
permettrait d’expliquer ces glissements de terrain.
Les
pluies diluviennes ont le plus souvent pour origine des ouragans et des
tempêtes tropicales. Cependant, d'autres phénomènes météorologiques
peuvent apporter ce genre de pluies aux répercussions catastrophiques, il
s'agit du phénomène El Niño qui est aussi le plus souvent suivi
du phénomène La Niña.
D'après
notre étude intitulé : Méga El
Niño
et déforestation de l'île de Pâques - L'effet combiné d'un
dérèglement climatique et de l'action de l'homme (Laval,
Québec,
2008), il
semblerait effectivement qu'un El Niño d'envergure
exceptionnel, appelé méga El Niño
aurait
pu détruire la forêt de l’Île de Pâques lors d’une sécheresse de
longue durée. Le phénomène de La Niña qui suit souvent le phénomène
El Niño aurait pu, par la suite, occasionner des pluies diluviennes en
très grandes quantités, provoquant des glissements de terrain. Ce phénomène
dévastateur aurait sévit entre l'an 1500
et 1600, probablement vers l'an 1578.
" La
Niña renforce la puissance des vents dans leur direction habituelle,
les alizés, soufflant d'est en ouest. La Niña apporte aussi son
cortège de calamités; ainsi, elle provoque des pluies diluviennes dans
certaines régions qui peuvent avoir un impact aussi dévastateur que la
sécheresse sur les cultures, puisqu'elles sont susceptibles de saccager
le peu qui restait des récoltes. Les précipitations peuvent également
occasionner de graves inondations, des glissements de terrain et des
coulées de boue, drainant ainsi les précieuses terres arables. Les
dérèglements peuvent perdurer plusieurs mois lors d'épisodes intenses
de La Niña. " (île de Pâques - La forêt disparue,
Laval, Canada, 2008, p.49)
Aucun élément ne plaide en faveur de la thèse de l'enfouissement
volontaire. Contrairement
à d'autres hypothèses concernant l'histoire de l'Île de Pâques, où il
est difficile, voir impossible, d'en démontrer le bien fondé hors de
tout doute, l'enterrement volontaire des moai pourrait être infirmé
définitivement par des analyses de coupes de terrain entourant les moai enfouis.
En effet, dans le cas d'un enterrement volontaire, le sol remblayé autour des
moai ne présenterait pas les mêmes
particularités que le sol qui ne l'aurait pas été. Ainsi, on ne
devrait pas retrouver la même configuration sous forme de strates aux
abords même des moai puisque cette zone aurait été remblayé. Avec de telles analyses, il serait
donc possible d'écarter définitivement cette
thèse.
Comme la thèse d'un enfouissement graduel au fil
des ans n'est pas non plus soutenable, il ne resterait alors que la thèse
de
glissements de terrain dus à un dérèglement climatique d'une envergure exceptionnelle comme thèse explicative
potentiellement valable de ces enfouissements.
J H Daude
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